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Expertise nutritionnelle





RATIO
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Les besoins des chevaux

Manger : un réconfort après la fuite

Avant de calculer une ration avec des règles mathématiques, le bon soigneur doit tout d’abord s’intéresser au comportement alimentaire du cheval. Le cheval est un animal de proie. La sélection naturelle l’a doté de tous les attributs lui permettant de fuir. Tout son être est tourné vers cet aspect de son comportement.

Le cheval empêché de fuir. Sa nature lui fait interpréter tout évènement comme un danger. Que se passe-t-il lorsqu’il est soumis à une alerte alors qu’il est enfermé au box ? Sa nature lui commande de fuir. Comme il en est empêché, Il lui reste alors toute la panoplie d’attitudes refuges que nous lui connaissons.

Entre chevaux et vaches. Pour bien comprendre le comportement alimentaire naturel du cheval, il est intéressant de le comparer à celui d'un autre grand herbivore. Prenons par exemple dans la famille des bovins : la vache.

Observation de la vache

Observation du cheval

Elle n’a qu’une seule rangée d’incisives sur la mâchoire inférieure. Elle consomme 40/70 kg d’herbe à chacun de ses repas. Sa panse stocke une réserve d’herbe en brins longs pour ses autres estomacs. Elle ne broute que 8 heures par 24 heures.

Le cheval consomme seulement 5 à 10 kg d’herbe par repas. Il possède deux rangées de dents (en haut et en bas). Ceci correspond à 15 heures par 24 heures.

Elle ne mastique pas et avale de longs brins d’herbe en entier.

Il mastique finement tout en broutant.

A la fin du repas, elle se couche à l’abri des « gêneurs » et rumine. Cela consiste à déglutir les longs brins d’herbe sous forme de boulettes et de les remastiquer une deuxième fois. S’il y a alerte : elle arrête de ruminer et observe

Chaque repas est furtif. A la moindre alerte le cheval ressent une montée d’adrénaline et …

Si alerte sérieuse : montée d’adrénaline …

… départ au galop sur une distance de 500 mètres environ

… Elle fait face cornes en avant et tout le troupeau se met en rond face à l’agresseur et l’encercle en avançant

Sa vue lui permet de voir parfaitement derrière lui pendant qu’il prend la fuite.

S’il y a fuite, le troupeau se déplace en bloc compact

Le troupeau se disperse aux quatre points cardinaux

Après la fuite, le réconfort par la nourriture. Après chaque fuite, un cheval qui termine sa course va brouter. Durant toute sa vie, il associe cet acte de manger au sentiment de sécurité, ceci s’illustre par une anecdote que m’a racontée le Dr Miller, (célèbre éthologue et vétérinaire équin aux USA). Il y a quelques années, le Dr Miller était à cheval, immobile, en haut d’un canyon face au vent. Il observait en bas une poulinière mustang qui venait juste de mettre bas. Elle ne l’avait pas senti et stimulait son « foal » pour qu’il se lève. Il ne s’était pas encore tenu debout plus d’une seconde. Tout à coup la monture impatiente du Dr Miller fit mouvement pour rentrer à l’écurie. Aussitôt alertée, la poulinière sauvage partit au triple galop, vite rattrapée par son « foal » qui galopait presque aussi vite qu’elle. « Ça, c’est l’effet de l’adrénaline » racontera le Dr Miller. Puis, le poulain après avoir rejoint sa mère, se mit à téter immédiatement et pour la première fois de sa vie. On sait aujourd’hui que l’organisme produit dans ces moments là une hormone d’apaisement : la sérotonine.

Nous sommes nous aussi des mammifères, et manger nous apaise également

Après l’adrénaline, la sérotonine. Deux hormones s’affrontent en permanence chez le cheval : l’adrénaline et la sérotonine. Un cheval enfermé au box et empêché de fuir subit une deuxième frustration majeure s’il ne peut pas manger aussitôt chaque alerte passée.

Que se passe-t-il après une alerte lorsque le cheval n’a ni foin ni paille à grignoter  ? Il tente d’abord de fuir sans y parvenir, puis pour se calmer il tente de manger sans pouvoir y parvenir non plus. Il est alors fréquent que les chevaux se mettent à avoir des tics, à consommer leurs crottins, ou à s’étrangler (obstruction de l’œsophage) en avalant trop vite leur ration dès qu’elle est servie.

Le cheval au paddock est enfermé. Certes, il pourra fuir par galops intermittents à la moindre alerte. Cependant, cela ne lui retire pas le besoin impérieux qu’il a de manger régulièrement tout au long de la journée.

Conclusion, le cheval ne passe jamais plus de 8 heures entre deux repas. Or, l’aménagement du temps de travail nous conduit parfois à distribuer le dernier repas du soir à 17 heures alors que le premier repas du matin est distribué à 7 heures. Dans ce cas, 14 heures séparent les deux repas. Dans son box, le cheval entre peu à peu dans un état de panique produite par l’absence d’alimentation. Il en va de même pour un cheval sur copeaux dont la ration n’est pas étudiée au plus juste, ou sur une litière de paille mal entretenue. Cela se traduit ensuite par tous les vices d’écurie tels que les tics, la consommation du bois de la porte, la consommation des crottins, la surconsommation de paille lorsqu’elle est renouvelée, ou bien le fait d’avaler la ration de concentrés sans mastiquer.

Deux règles sont donc à respecter absolument : 1. Espacer de 12 à 14 heures le premier repas du matin et le dernier repas du soir. Ce dernier repas peut être simplement composée de paille et/ou de foin. 2. Laisser en permanence au cheval la possibilité de grignoter foin et paille y compris au paddock. L’installation de râteliers est l’une des solutions.